Silence.
Dans la pièce d'un luxueux hôtel d'Allemagne, deux corps se sont immobilisés, leurs bouches scellées.
Juste une pression, douce et chaude.
Des paupières s'ouvrent enfin, les seules qui s'étaient fermées d'ailleurs.
Deux regards s'accrochent.
L'un rempli d'incompréhension teintée de gêne.
L'autre rempli d'amour.
Amour qui laisse rapidement sa place à la peur.
Ce corps se détache lentement de son double, prenant, au fur et à mesure des secondes écoulées, conscience de ce qu'il avait fait.
- Non... !
Un mumure.
Un souffle.
Il fait volte-face, se précipite vers la porte.
L'ascenseur.
La sortie.
La rue.
Il empli ses poumons de cet air si pollué, si froid, mais qui lui fait du bien.
Il frissonne.
Il se dit qu'il aurait pu prendre sa veste...
Ce n'est pas grave...
Il ne lui servira probablement plus.
Puis, il se met à courir dans le noir manteau qui s'est étendu sur la ville.
Il sait où il va.
Mais, avant tout, il veut mettre le plus de distance entre lui et l'Autre.
Alors il court.
Jusqu'à en perdre le souffle.
Jusqu'à s'en faire souffrir.
Qu'importe ?
Ses pas claquent sur le macadam, singeant les battements de son c½ur.
Son c½ur qui saigne, toujours plus, coulant, par procuration, de ses yeux noisette, se mélangeant avec le noir de son maquillage.
Ses larmes s'écrasent sur le sol, trace invisible de son passage.
Personne ne le retrouvera ainsi.
Il se sent mal.
Il manque de souffle et les lumières de la ville l'aveuglent.
Trop de visage le regardent.
Il y en a partout, qui le suivent de leurs yeux vides et figés.
Il les hait, comme il se hait.
Bientôt...
Un dernier effort et il pourra s'arrêter.
Il entend déjà le bruit des vagues qui emportent les petits cailloux de la plage.
Il sent le parfum salé de la mer qui ondule quelques mètres plus loin.
Il la voit, noire comme le ciel, plutôt agitée, mais sans être démontée.
Il ne l'approche pas pour autant.
Pas encore.
Il s'enfonce encore plus loin, jusqu'à atteindre un obstacle de pierre.
Il y plante ses doigts, rougis et engourdis par le froid.
Le froid qui le traverse, tel un spectre glacé qui voudrait le figer à jamais.
Mais il résiste encore et toujours.
Il sera bientôt à l'abri.
Il escalade ce mur naturel, de trois mètres de plus, et atteint une petite grotte, cachée à la vue de la masse.
Il l'avait découverte avec Lui, un été, c'était leur secret.
Mais il ne reviendra certainement plus ici.
De ses doigts perle un peu de sang, il faut dire qu'il n'a jamais été très habile pour le sport.
Il lèche ces quelques gouttes, le goût s'imprégnant sur sa langue.
Il s'assoit, face à la mer et soulève une petite pierre située à sa droite.
Il y a toujours le paquet de cigarettes qu'ils avaient acheté ensemble, ce même été.
Même le briquet est resté dans la boîte.
Magnifique tout ça.
Il porte la cigarette à ses lèvres et fait jaillir la flamme du briquet.
Il inspire la première bouffée, et laisse la fumée s'échapper de sa bouche sèche.
Il réitère ce geste plusieurs fois, tout en réfléchissant.
Depuis quand est-il comme ça ?
Depuis quand est-il rongé par ces sentiments qu'il pensait réciproques ?
Qui ne l'étaient pas...
Et qu'est-ce qu'il lui a prit de l'embrasser ?
De prendre le risque de tout foutre en l'air ?
Ce qu'il a d'ailleurs royalement fait...
Maintenant...
Maintenant, tout va changer.
Dans son regard, dans ses gestes, ses paroles...
Il a brisé ce lien qui l'unissait à Lui.
Ce lien si intime, si unique.
Piétiné.
Arraché.
...
Quel con.
Le jour commence à se lever sur la mer, élargissant sa palette de couleur, la faisant prendre des teintes orangées, rosées, bleutées...
C'est un superbe tableau qui s'offre à ses yeux.
Et c'est avec cette image et la Sienne qu'il va partir.
Loin.
Là où les vivants ne peuvent pas encore aller.
Là où les démons de son espèce l'attendent.
Là où il ne pourra plus faire de mal à personne.
Surtout pas à celui qu'il aime.
Alors, il va les laisser continuer leur vie, l'oublier petit à petit.
Et ce sera mieux ainsi.
Il reste deux cigarettes dans le paquet, sous le rocher.
Il sort de sa poche un petit couteau qu'il garde toujours auprès de lui.
Il lui avait offert pour leur anniversaire.
Sur la lame était gravée ' ich bin da, ganz egal wo du bist ' [Je suis là, peu importe où tu es]
- Menteur...
Toujours un murmure venant glisser sur le silence du petit matin.
Il prend le couteau et grave sur la pierre quelques mots à l'attention de son amour perdu.
Peut-être les remarquera-t-il s'il revient ici...
'Ich liebe dich für immer'
Même si ces mots ont été usés, parfois même à mauvais escient, il n'empêche que ce sont les seuls qu'il a trouvé pour définir ce qu'il ressentait pour Lui.
Alors, à défaut de les lui dire, de lui démontrer que tout ceci est vrai, que ça n'a rien d'un jeu pour lui, il les grave.
Petit morceau d'éternité.
Puis, il se déplace et s'appui contre la paroi gauche de la petite grotte, posant la pierre et le paquet de cigarettes devant lui, contre la paroi d'en face.
Il tient toujours le couteau dans sa main.
Son bras gauche, fin, blanc, gracile, se croise avec ses jambes.
Sa paume est tournée vers le ciel, les veines bleutées sont apparentes.
Il détourne son regard vers le soleil se levant sur la mer.
Il sent la rencontre de la lame froide et de sa peau et frissonne.
Il sent aussi une douleur et un liquide chaud coulant lentement le long de son bras.
Des larmes perlent au coin de ses yeux.
Il ne regarde pas, contemplant toujours la vue qui s'offrait une dernière fois à lui.
Puis il sentit un contact chaud sur son poignet, celui qui tenait le couteau.
Une main l'enserre doucement, lui retire la lame et essuie le sang sur son bras.
Il ne regarde toujours pas.
Il ne veut pas voir, car il sait qu'il rêve, comme toujours.
Et qu'à la fin, son rêve va s'éloigner et s'en aller mourir dans l'horizon.
Il ne se fera pas avoir.
Pas encore.
Il ferme les yeux.
Peut-être a-t-il perdu un peu trop de sang... ?
Des bras le soulève et le colle contre un torse.
On le porte délicatement, comme un paquet fragile qu'on aurait peur de briser.
Une vague sensation de bien-être s'insinue en lui avant qu'il ne sombre.
Lorsqu'il commence à revenir à lui, il sent un corps allongé contre le sien et qui l'enlace tendrement.
Un souffle chaud sur son visage le fait frémir.
Il reconnaît le parfum que dégage ce corps.
C'est le Sien.
Comment pourrait-il l'oublier ?
Mais rêve-t-il toujours ?
Ou bien la réalité a-t-elle prolongée le rêve ?
Il se serre d'avantage contre Lui fermant ses mains sur sa peau si douce, si chaude, si rassurante.
Mais il a tout de même peur d'ouvrir les yeux.
Prenant le peu de courage qu'il lui reste, il recouvre lentement la vue.
La première chose qu'il voit est ses dreads blondes éparpillées sur le drap blanc.
La seconde est son visage tourné vers le sien, ses yeux le dévisageant, cherchant n'importe quoi qui le rassurerait.
Leurs regards se rencontrèrent et ne se lâchèrent plus.
Le blond souri et lui chuchota :
- Ich auch [moi aussi]
- ... ?
- Ich auch, ich liebe dich für immer...
Le bonheur le submergea à ces mots.
Ce n'était donc pas un rêve.
Et la douleur qui s'était réveillée dans son bras se chargera de lui rappeler s'il oublie.
Timidement, il avança son visage vers celui de son double, lui laissant, cette fois, le choix de combler la distance ou pas.
Le blond esquissa un sourire et rapprocha ses lèvres de leurs jumelles jusqu'à les toucher.
Jusqu'à pouvoir les franchir de sa langue et approfondir le baiser.
Un baiser qui voulait cette fois, réellement dire quelque chose pour les deux jeunes hommes.
- Dis ?
- Mmh?
- Je t'aime.
- Moi aussi, je t'aime...
Après un dernier baiser, ils s'endormirent l'un contre l'autre, dans un sommeil plus paisible, rempli de bonheur et tournés vers l'avenir, confiants.
![Plic ploc [Vous remarquerez que mes titres sont toujours vachement recherchés >>']](http://96.img.v4.skyrock.net/964/mechanic-des-anges/pics/1784976754_small_1.jpg)
